16 mars 2015

temps caché

beaucoup de vent, d’arbres balancés cherchant à toucher terre leurs centaines de mains vibrant dans une direction, de nuages en répétition d’histoire de la représentation, de pluies inopinées autant qu’aberrantes, de cette main sur la nuque pour l’évidence de sa place, je vais vous raconter ma vie, ma vie en couleurs. J’ai récolté des patates à peau violette et chair veinée de blanc que j’ai faites en omelette, enfin pas exactement, car après qu’elles eurent rissolé j’ai cassé les œufs dans la poêle que j’ai tournée et secouée, le temps que le jaune et l’albumine commencent à figer l’un sur l’autre en un marbre qui au service dans l’assiette fit un amas d’une difformité toute en ciselures chromatiques, en jeu de plis marmoréens lumineux qu’incrustaient les polygones sombres des pommes de terre, j’avais l’apparition d’un tirage unique, d’un canapé en rocaille de mousse dissimulant sa fonction, et comme j’avais la veille essayé une émulsion de persil (c’est à dire un bouquet mixé plongeant avec une dent d’ail, 5 c.s. d’huile d’olive, idem d’eau, sel) au canapé j’ai posé des coussins : extension du domaine de la joie.
Avec les patates il y avait un 300g de haricots borlotto (eux sont veinés de mauve) sauvés d’une débâcle, déjà séchés sur pied, que j’ai mis à tremper quatre heures dans leur double d’eau avec l’idée qu’ils mijoteraient une heure avec deux tomates coupées en quatre, toupet de sauge et de verveine, une dent d’ail, deux grains de sichuan, du sel ; ce qu’ils firent. Mais comme je les laissais s’hydrater, la dernière des capucines cueillies hier (elles étaient plus piquantes à croquer sur place) me regarde pimpante dans son petit verre d’eau, toujours orange voyez-vous, qui tout à l’heure sur un anchois apaisant des passions va se laisser percer la gorge avec la docilité d’un soldat de la sainte croix à Arezzo (tout un mouvement proprement arrêté par le choix de personnages posés dans le groupe posé dans l’image posée sur le plafond, donnant à chacun la fonction du festaiolo indiquant ce qui et comment se passe). Cette fleur savait ce qui est dans cette pièce où j’étais. La verveine a gentiment citronné les fayots avec cette très lointaine touche exhaussante, grasse, gluante comme le gombo qu’elle a, et belle teinte rosée en accueil parfait des picots jaune vif des ombéllifères de fenouil.

Plus tard, mes jambes dans ses pieds, la tête pendante hors du lit, j’ai vu à l’ombre du sommier un caillou chéri que j’avais depuis si longtemps égaré. Je vous raconte ma vie.

<pas de visuel>

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